Atelier d'écriture poétique

L'atelier d'écriture est un moment de travail particulier en classe. Des textes d'auteurs sont proposés. On ne les analyse pas de manière traditionnelle. Il s'agit de gagner en liberté d'écriture, non pas en les imitant, mais en comprenant leurs audaces pour trouver notre propre voix. Les 41 ont lu des extrait des Notes de chevet de Sei Shonagôn et de Paroles de Jacques Prévert, afin de saisir toute la richesse de l'inventaire, une forme simple, en apparence. Ils ont également rencontré Aragon, à travers un extrait du Paysan de Paris qui évoque la couleur jaune. Voici leurs textes.

Roseline Enfroy

Choses qui font battre le coeur (Sei Shonagon, auteur japonais du IX° siècle)

...Des moineaux qui nourrissent leurs petits Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée S'apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni Une nuit où l'on attend quelqu'un. Tout à coup, on est surpris par le bruit de l'averse que le vent jette contre la maison...

Le paysan de Paris (Louis Aragon)

J'étais saisi de cette idée que les hommes n'ont trouvé qu'un terme de comparaison à ce qui est blond : comme les blés, et l'on a cru tout dire. Les blés, malheureux, mais n'avez-vous jamais regardé les fougères ? J'ai mordu tout un an des cheveux de fougère. J'ai connu des cheveux de résine, des cheveux de topaze, des cheveux d'hystérie. Blond comme l'hystérie, blond comme le ciel, blond comme la fatigue, blond comme le baiser. Sur la palette des blondeurs, je mettrais l'élégance des automobiles, l'odeur des sainfoins, le silence des matinées, les perplexités de l'attente, les ravages des frôlements. Qu'il est blond le bruit de la pluie, qu'il est blond le chant des miroirs ! Du parfum des gants au cri de la chouette, des battements du coeur de l'assassin à la flamme-fleur des cytises, de la morsure de la chanson, que blondeurs, que de paupières : blondeur des toits, blondeur des vents, blondeur des tables, ou des palmes, il y a des jours entier de blondeur, des grands magasin de Blond, des galeries pour le désir, des arsenaux de poudre d'orangeade.

Les poèmes des élèves - Ecrire avec Sei Shonagôn

Choses qui font pleurer

  • Une centrale nucléaire
  • La pollution
  • L'injustice entre les hommes
  • Le racisme
  • La guerre
  • Les armes
  • Une chemise en coton
  • L'esclavage

Cet élève a été inspiré et a repris les termes ci-dessus pour en faire un poème :

La nature Imagine toi un monde, sans centrale nucléaire
Imagine un endroit, sans pollution dans l'air
Regarde autour de toi, contemple l'injustice
C'est l'homme qui l'a créée, et partout il la tisse
Une chemise en coton, faite par un enfant
Un ballon de football, pour quelques sous par an
Trouves-tu normal, toi, que la valeur d'une vie
Varie selon le sexe, la race et le pays
Certains vont à la guerre, ils vont tuer des gens,
Ils tuent leurs fils, leurs frères, leurs amis, leurs parents.

La nature fut bonne, elle a donné sa foi,
Mais il faut bien comprendre, qu'elle peut reprendre ses droits.

Rémy Pitaval

Choses qui effrayent les enfants

  • Le noir sinistre de la nuit
  • Le vent faisant chahuter les volets
  • Le cri lointain des animaux nocturnes
  • Les marches qui craquent dans l'escalier
  • Les bruits de pas dans le couloir
  • Les cauchemars de monstres sans noms
  • Puis c'est le jour !

Julien Michel

Choses qui font réveiller les morts (extraits)

L'haleine d'une personne qui mange de l'ail et du roquefort
Un petit séisme sur l'échelle de Richter
Le souffle du dragon qui garde la princesse
La transpiration mêlée aux chaussettes
Un café à l'harissa
Un potage au canard WC et à la javel
Une personne qui s'est cassé le bassin en glissant sur une plaque de verglas le vingt et un août en Sicile
Quelques gouttes d'acide chlorhydrique au plutonium
De l'uranium en fusion
Les yeux d'un être qui nous est cher (...)
L'amour d'une personne qui ne nous aimera jamais
La lumière d'un regroupement d'étoiles
Un dictateur en tutu rose
Un avion qui ne vole pas
Un démon au Paradis(...)
Un gouvernement qui satisfait son peuple.

Cyril Lachaume

Choses magnifiques

Un coucher de soleil avec le reflet de l'océan
Un amour réciproque avec des déclarations de temps en temps
Une amitié durable avec des câlins tous les jours la pluie avec le soleil rayonnant
Un inconnu qui nous sourit Les étoiles à la nuit tombée
Un moment de bonheur avec des amis
Un tour de motos avec les cheveux dans le vent
Le bruit du vent contre les feuilles.

Choses difficiles à dire ou faire

Une déclaration d'amour
Ce que l'on pense d'une personne
Annonce la mort d'une personne ayant une famille ou des amis
Reconnaître la vérité quand on a tort
Assumer ses actes
Choisir entre deux personnes qu'on aime.

Sandy Viallet

Les poèmes des élèves - Ecrire avec Aragon

Le bleu est partout

Le bleu est partout*
On le trouve dans des objets courants,
Comme dans les profondeurs
De notre coeur
Le bleu peut-être comme notre cahier d'école
Ou comme l'éclat pur de l'eau d'été
Il peut-être comme notre pantalon
Ou comme le soleil sur les matins gelés
Il peut-être comme la porte de notre chambre
Ou comme les rayons de bontés
Qui transpercent parfois l'abysse noir de nos âmes
Et comme bien des choses encore...

Julien Michel

Le bleu d'un iceberg

Ne vous êtes vous jamais imaginé seul sur le bleu d'un iceberg voguant sur l'océan. J'ai écouté, tout un rêve, l'eau de la mer valsant les minutes de ces matins infiniment grands. Comme sentir de long moment, cette fraîcheur d'herbes gelées saupoudrées de ce bleu ressemblant à cette glaceur à chaque fois que je croise l'azur de tes yeux. Comme la sérénité du turquoise me fait heureux. J'ai pris un grand bol de cet air si pur incarné par le saphir du crépuscule, qui vous rend flou comme une illusion. Mais ne vous fiez pas à celle-ci, semée par ces céruléennes de libellule. En effet, c'est sur ces impressions que repose le monde.

Célice Marmeys

Mon blanc à moi

J'étais saisi de cette idée que les hommes n'ont trouvé qu'un terme de comparaison à ce qui est blanc : comme la neige, et l'on cru tout dire. Suivant le temps, la couleur du monde change. Blanc comme la neige, jaune comme le soleil, bleu comme la pluie, noir comme l'orage. Il y a aussi le blanc des nuages, mais qui peuvent vite ternir vers le gris. Blanc comme l'inspiration et le bien-être, le calme et le vide, blanc comme la liberté et la sérénité, blanc comme l'élégance et la confiance, blanc comme du lait, la banquise, blanc comme la lune et le silence. Blanc comme une vie claire et sans complexe, comme la mienne. L'homme n'a peut-être pas très bien rempli ce blanc, en le colorant, mais ce vide, moi, me satisfait amplement.

Noémie Soares

Rouge

Je me promenais dans la campagne quand je vis une tache rouge.
Rouge comme le guerrier qui tombe l'épée à la main,
Rouge comme cet élément qui nous à tant aidé, autant pour nous réchauffer et pour faire cuire, cette forme de vie de couleur de peau rouge claire que nous mangeons.
Le rouge est partout dans notre vie car cette magnifique couleur donne du bonheur mais aussi du malheur . Il est angélique mais diabolique.
Rouge comme comme ce liquide que nous buvons et qui nous fait oublier nos échecs et nos drames.
Rouge comme cette petite bête qui a le rouge du paradis mais le noir de l'enfer, elle qui virevolte dans l'air jusqu'au moment où elle trouve un endroit paisible pour se reposer.
Rouge comme la bonté de l'âme qui au final vivra jusqu'à l'éternité même quand le corps sera redevenu poussière.
Rouge comme les rires des enfants qui resteront dans leur cœur et dans leur conscience car ces rires sont magnifiques ne peuvent pas disparaître.
Il y aura toujours cette opposition entre les couleurs,
Aucune couleur n'est dominante ou gagnante, tout dépend du cœur des gens et cela est magique.

François Héraud

La discrimination du bleu

Les gens ont toujours pensé avoir tout dit sur ce qui est bleu : bleu ciel. N'ont-ils jamais pensé à regarder ailleurs que vers les cieux ? La nature possède en effet une grande gamme de bleus ; elle regorge de torrents bleu-turquoise luisant au soleil tels les cheveux argentés d'une fée.
Bleu comme la tristesse, bleu comme la sérénité, bleu comme les matins gelés d'hiver. Sur l'idée de bleu, il faudrait rajouter les mélodieux chants des oisillons devant le bleu pâle de l'aurore. Des endroits idylliques du paradis aux battements du coeur d'un nouveau-né, jusqu'au frémissement des bruyères devant la bleuté du vent. Des larmes bleu saphir d'une nymphe au bleu azur de notre coeur, de la fine bruine aux cris des assaillants, du parfum de ses longs cheveux bleutés au râle d'agonie d'un brigand, de l'iris bleu roi d'une princesse au bleu foncé de nos détresse. Le bleu est là à toute heure, dans nos pleurs et même dans nos profondes peurs.

Loïc Chalamet